mardi 25 juillet 2017

Chaque jour, 13 Canadiens sont hospitalisés pour une intoxication aux opioïdes

L'opioïde est un médicament issu des opiacés (opium) qui permet de soulager la douleur. Il cause un effet euphorique et analgésique en agissant sur les récepteurs du cerveau. La codéine, la morphine, l’oxycodone et le fentanyl font partie des plus connus.

Or, le Canada traverse une crise de santé publique en raison de la hausse des préjudices associés aux opioïdes entrainant des conséquences sur le système de santé. En effet, le taux d’hospitalisations liées à une intoxication aux opioïdes a augmenté de plus de 30 % de 2007-2008 à 2014-2015. Plus précisément, en 2014‑2015, il y a eu en moyenne 13 hospitalisations liées à une intoxication aux opioïdes par jour au Canada selon le récent rapport de l'Institut canadien d'information sur la santé produit conjointement avec le Centre canadien de lutte contre les toxicomanies (CCLT).

Les taux d’hospitalisations liées à une intoxication aux opioïdes, ajustés selon l’âge, variaient selon la province ou le territoire en 2014-2015. La Saskatchewan affichait le taux le plus élevé avec 20,5 par 100 000 habitants, et le Québec, le plus faible avec 9,7 par 100 000 habitants. Les taux de chaque province et territoire par 100 000 habitants, ajustés selon l’âge, sont les suivants : Terre-Neuve-et-Labrador, 12,4; Île-du-Prince-Édouard, 14,3; Nouvelle-Écosse, 11,4; Nouveau-Brunswick, 14,0; Québec, 9,7; Ontario, 11,0; Manitoba, 10,8; Saskatchewan, 20,5; Alberta, 18,6; Colombie-Britannique, 19,1; et les territoires, 16,7. Le taux du Canada se chiffre à 13,4.


Qui sont les personnes hospitalisées pour une intoxication aux opioïdes?
En 2014-2015, les personnes âgées de 65 ans et plus affichaient le taux le plus élevé d’hospitalisations liées à une intoxication aux opioïdes, soit 20 par 100 000 habitants. Parmi l’ensemble des intoxications aux opioïdes survenues chez les personnes âgées entre 2007‑2008 et 2014‑2015, 55 % étaient accidentelles, 14 % étaient intentionnelles et 24 % sont survenues dans le cadre d’un traitement (p. ex. effet indésirable découlant de la prise d’un médicament tel qu’il a été prescrit). Pour 7 % des cas, la raison de l’intoxication était inconnue.

Les jeunes de 15 à 24 ans ont connu la plus forte augmentation du nombre d’hospitalisations liées à une intoxication aux opioïdes, soit une hausse de 62 % à 10 par 100 000 habitants entre 2007‑2008 et 2014‑2015. Au cours de cette période, les intoxications accidentelles et les intoxications intentionnelles chez les jeunes comptaient respectivement pour 52 % et 31 % des hospitalisations liées aux opioïdes, tandis que celles survenues dans le cadre d’un traitement représentaient 2 % des hospitalisations et celles de nature inconnue, 15 %.

Rappelons, en terminant, que la durée moyenne du séjour à l’hôpital pour une intoxication aux opioïdes était de 8 jours en 2014-2015. Ce chiffre est demeuré relativement le même depuis 2007-2008. Par comparaison, les personnes admises à l’hôpital pour une crise cardiaque y sont demeurées en moyenne 5 jours.

lundi 24 juillet 2017

Coût moyen d’un séjour standard à l’hôpital au Canada

Un récent rapport publié par l'Institut canadien d’information sur la santé révèle le coût moyen d’un séjour standard à l’hôpital au Canada. Ainsi nous apprenions que les soins hospitaliers coûtent environ 63 milliards de dollars par année au Canada représentant la plus grosse catégorie de dépenses en santé. Le coût d’un séjour à l’hôpital dépend de nombreux facteurs, comme la localisation de l’hôpital en région rurale ou urbaine, la taille et le type d’hôpital ainsi que la composition et la rémunération du personnel qui y travaille. La répartition des principales dépenses pour les hospitalisations étaient de 72% pour les salaires du personnel et moins de 10% pour les médicaments et les fournitures médicales.

Toutefois, il est important de souligner que les soins aux patients sont généralement plus coûteux dans les hôpitaux d’enseignement, en raison du personnel et du temps nécessaires pour former les nouveaux médecins et les nouvelles infirmières, ainsi que des dépenses supplémentaires associées aux activités de recherche. Ainsi, la variation du coût d'un séjour standard dans un hôpital d'enseignement oscille entre 4 000$ et 11 000$ dépendamment de la spécialité de l'hôpital.

Rappelons, en terminant, que le coût d’un séjour à l’hôpital dépend de nombreux facteurs, comme la localisation de l’hôpital en région rurale ou urbaine, la taille et le type d’hôpital ainsi que la composition et la rémunération du personnel qui y travaille.

Pour consulter les données détaillées, rendez vous ici





dimanche 23 juillet 2017

Charlie Gard, acharnement thérapeutique ou avancement de la science?

Mise à jour: Les parents ont retiré leur requête à la Cour le 24 juillet dernier. Selon les experts, l'enfant a subi des dommages irréversibles laissant peu d'espoir à une qualité de vie future

Quiconque a suivi l'actualité médicale outremer a entendu parler de l'histoire de Charlie Gard. Le cas de Charlie Gard vient chercher en nous tout sentiment d'impuissance qui nous habite lorsque nous sommes en train de perdre un proche.


Charlie Gard est un petit garçon britannique né le 4 août 2016 avec une condition génétique rare connu connue sous le nom du syndrome d'appauvrissement de l'ADN mitochondrial (MDDS.

Le développement de Charlie Gard semblait normal jusqu'au début d'octobre.  Ses parents l'ont amené à son médecin généraliste parce que le garçon tardait à prendre du poids. Il fut hospitalisé le11 octobre au Great Ormond Street Hospital et fut mis sous respiration artificielle parce qu'il avait du mal à respirer. Le diagnostic d'un syndrome d'appauvrissement de l'ADN mitochondrial (MDDS) fut confirmé par un test génétique à la mi-novembre révèlant qu'il avait deux versions mutées du gène codant pour la protéine RRM2B. MDDS est un groupe de maladies causées par des mutations qui perturbent la synthèse de l'ADN dans les mitochondries. À la mi-décembre, il a commencé à avoir des crises persistantes à mesure que sa fonction de cerveau se détériorait. Il était devenu sourd et il n'avait aucune capacité à respirer ou à bouger ou à ouvrir les yeux. Son cœur et ses reins commençaient à se détériorer et il n'était pas clair s'il pouvait souffrir ou non. Rappelons que le MDDS est associé aux mutations RR2MB provoquant une encéphalopathie à début précoce, une faiblesse musculaire (y compris les muscles utilisés pour respirer) et une défaillance de l'organe et entraîne la mort pendant la petite enfance

Plusieurs décision furent prises devant les tribunaux accordant à l'hôpital le droit de légalement retirer tout traitement sauf pour les soins palliatifs, une décision qui allait à l'encontre des souhaits de ses parents, Chris Gard et Connie Yates de Bedfont, à Londres. Ces derniers ont fait campagne pour le maintenir en vie afin de se rendre aux États-Unis pour un traitement expérimental, bien que les médecins et les juges étaient d'avis que cela ne serait pas utile et lui causerait un «préjudice significatif».

Le 24 février 2017, l'hôpital a demandé que la respiration artificielle soit retirée, mais ses parents Gard et Yates s'y sont opposés et ont voulu emmener l'enfant aux États-Unis pour un traitement expérimental. L'affaire a été entendue devant la High Court avec une équipe juridique représentant les parents pro bono.  Le 11 avril, le juge Francis a jugé qu'il était dans l'intérêt de l'enfant pour ses cliniciens traitants de retirer la respiration artificielle et de lui fournir des soins palliatifs, en conservant sa dignité.  Le juge a noté que le médecin américain proposant le traitement nucléosidique a déclaré qu'il était «très peu probable qu'il allait s'améliorer» avec la thérapie expérimentale proposée. Il a également noté que le traitement proposé n'avait pas été utilisé chez les patients présentant la même condition que Charlie Gard, ni chez les patients atteints d'encéphalopathie, comme il l'avait fait. Il n'y a eu aucune étude de cas publiée sur le traitement proposé dans aucun groupe de patients.  


La Cour d'appel, le 25 mai, a refusé de renverser la décision de la juridiction inférieure dans sa décision. Un groupe de trois juges à la Cour suprême a refusé l'autorisation d'interjeter appel de cette décision, au motif qu'il n'y avait pas de point de droit discutable. Un appel final a été adressé à la Cour européenne des droits de l'homme par Gard et Yates. Cela a également été rejeté.  En juin, Gard et Yates ont déclaré qu'ils voulaient l'emmener à la maison pour mourir, ce qui fut refusé par l'hôpital sans commenté son refus en raison de la confidentialité du patient. On a annoncé plus tard que son soutien vital serait retiré le 30 juin. Le 30 juin, le personnel de l'hôpital a accepté de donner à Gard et Yates plus de temps avec lui


Le 7 juillet, l'hôpital s'est présenté devant le High Court pour une nouvelle audience, en précisant que c'était «à la lumière des allégations de nouvelles preuves concernant un traitement potentiel», en se référant à de nouvelles preuves éventuelles sur le bénéfice du traitement aux nucléosides. Une décision est attendue le 25 juillet prochain.

jeudi 20 juillet 2017

Coût économique de la mauvaise alimentation et du manque d’activité physique

Un récent rapport publié par l'Organisation mondiale de la santé révèle le coût économique de la mauvaise alimentation et du manque d’activité physique. Si le rapport porte sur la situation actuelle en Europe, certaines données font toutefois réfléchir. En effet, selon le rapport, la mauvaise alimentation et le manque d’activité physique seraient responsables d’environ 2 décès sur 5 dans le monde. L'étude prévoit que la charge économique totale associée à ces deux facteurs de risque, tels qu’ils se manifestent dans les nouveaux cas de diabète de type 2, sera de 883 millions d’euros en 2020 rien que pour l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni.

Les auteurs révèlent un rapport de cause à effet entre, d’une part, une mauvaise alimentation et un manque d'activité physique et, d’autre part, des dépenses de santé plus importantes. Ils mentionnent également que les estimations sont très variables puisque les études existantes sous-estimeraient la charge économique réelle.  En effet, la plupart d’entre elles ne porteraient que sur le coût pour le système de santé. Les frais indirects entraînés par une perte de productivité pourraient être environ deux fois plus importants que les frais directs pour le système de santé.


Ces données vont dans le même sens que la position prise par l’Association québécoise des médecins du sport et de l’exercice lors du dernier congrès annuel.  Chaque année au Canada, la sédentarité engendre des dépenses de 6,8 milliards de dollars.  Selon  le président de l'Association, Dr. Normand Martin,  l'exercice réduirait l’hypertension de 33 à 60 %, les risques de diabète d’environ 50 % et diminuerait les incidences de maladie cardiaque, de cancer du côlon, ainsi que les risques de développer la maladie d’Alzheimer.

mercredi 19 juillet 2017

La virothérapie, du nouveau du côté des cancers rares des os et des muscles

Les sarcomes, soit les cancers dans les os, les muscles et les tissus conjonctifs, seraient relativement rares et difficiles à traiter. Deux chercheurs de l'Institut de recherche de l'Hôpital d'Ottawa, Jean-Simon Diallo, Ph.D. ainsi que Dr Hesham Abdelbary, à l'aide d'une étude approfondie portant sur cinq virus différents, quatre lignées de cellules de sarcome et 21 échantillons de sarcome de patients de L’Hôpital d’Ottawa, ont tenté de vérifier si des virus efficaces contre d’autres modèles de cancer permettraient aussi de traiter le sarcome. Leurs travaux ont démontré que le virus Maraba MG1 était le plus efficace, infectant 80 % des échantillons de sarcome humain et faisant quasiment doubler le nombre de survivants à long terme dans un modèle animal.

Notons que d'autres  essais cliniques avec ce virus contre d’autres types de cancer sont en cours par des chercheurs de l'’Hôpital d’Ottawa, du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, de l’Université McMaster et de l’Université d’Ottaw. Ils espèrent pouvoir le mettre à l’essai chez des patients atteints de sarcome.

lundi 17 juillet 2017

La crise en santé

Le Commonwealth Fund publiait récemment un rapport classant le système de santé canadien se classe au 9e rang sur 11 pays. Si le Canada se retrouve avant la France et les États-Unis, il se trouve toutefois loin derrière ceux du Royaume-Uni et de l’Australie.

Le problème est tel que Dr. Laurent Marcoux, président-désigné de l'Association médicale canadienne publiait une lettre ouverte au premier ministre du Canada et aux premiers ministres provinciaux et territoriaux. Le président Dr Granger Avery a mentionné que l'Association médicale canadienne fera un lobbying pour les normes nationales lors de la réunion du Conseil de la fédération à Edmonton cette semaine. Parmi les problèmes soulevés, il énumère les longues périodes d'attente pour une chirurgie, des canadiens sans médecin généraliste, des aînés qui ne peuvent pas se permettre les médicaments dont ils ont besoin, la crise des opioïdes et les problèmes liés à la santé des Autochtones. Soulignons également qu'en Amérique du Nord, un problème se dessine de plus en plus, le surdiagnostic et le surtraitement coûtant énormément cher et nuit à la santé.

Si on se concentre sur le Québec,  le portrait n'est guère plus réjouissant. La réforme du ministre Gaetan Barrette a sérieusement affaibli le réseau. La réforme a coupé des postes de gestionnaires intermédiaires. Le réseau se retrouve donc dans une situation où la population est vieillissante avec une diminution de services, plaçant la population face à un déséquilibre entre l'offre et la demande. Et la réforme est difficile à comprendre, en dehors de l'objectif de tout centraliser. Le salaire des médecins n'est pas en cause puisque les MQRP, soit les Médecins québécois pour le régime public, proposait en avril dernier une réflexion sur la rémunération. Une consultation des professionnels sur le terrain rapporterait davantage d'économies et d'améliorations sur le système

mardi 11 juillet 2017

L’admission en soins en hébergement aurait pu être retardée pour plus d’une personne âgée sur 5

Le récente rapport de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) reposant sur une étude menée sur 3 ans dans 35 régions sanitaires auprès de plus de 59 000 personnes âgées dont les besoins ont été évalués par des professionnels de la santé, a révélé que plus de 20 % des aînés admis en soins en hébergement auraient pu demeurer chez eux avec un soutien approprié.

L'étude considérait notamment les facteurs suivants, soit le besoin d’obtenir une aide physique, une déficience cognitive, l’errance, le fait de vivre seul ainsi que le fait d’avoir un aidant qui n’est plus en mesure de continuer à prodiguer des soins.

Les résultats ont révélé également que les personnes âgées évaluées à l’hôpital sont nettement plus susceptibles de se retrouver en soins en hébergement que celles évaluées dans la collectivité. Les soins en hébergement sont habituellement les services les plus intensifs et les plus coûteux du secteur des soins de longue durée, car ils s’adressent aux personnes dont les besoins sont les plus complexes.

Au Canada, la population de personnes âgées augment au même rythme depuis 20 ans. La population de personnes très âgées (75 ans et plus) soit celles qui ont davantage recours aux soins de longue durée, double et qu’elle passe de 2,6 millions à 5,7 millions de personnes au cours des 20 prochaines années.

Ce qui m'amène à faire un lien avec le dernier article d'André Picard, Learning from the Dutch ‘neighbourhood care’ model. L'auteur explique le modèle Buurtzorg qui vise à fournir des soins à domicile intégrés, c'est-à-dire avec des liens vers les services sociaux, les médecins généralistes et autres professionnels, pour toutes personnes ayant besoin de soins à domicile. L'auteur explique que le modèle est difficilement applicable ici souligne également  que tous les efforts devraient être faits pour garder la population vieillissante dans la communauté.


samedi 8 juillet 2017

Augmentation des cas de gonorrhée résistante aux antibiotiques

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) nous rapportait une augmentation des cas de gonorrhée résistante aux antibiotiques récemment. En effet, Selon des données provenant de 77 pays, du fait de la résistance aux antibiotiques, il est devenu plus difficile, voire parfois impossible, de traiter la gonorrhée, qui est une infection sexuellement transmissible courante.  
Comme le rapportait Dr Teodora Wi, médecin, Département Santé reproductive à l'OMS, la bactérie responsable de la gonorrhée est particulièrement intelligente. En effet, à chaque fois qu'une nouvelle classe d’antibiotiques pour traiter l’infection, la bactérie évolue pour y résister. L’OMS fait état d’une résistance répandue aux anciens antibiotiques qui sont également les moins coûteux. Certains pays, en particulier les pays à revenu élevé, où la surveillance est la plus efficace, détectent des cas d’infection qu’aucun antibiotique connu ne peut traiter. Selon Dr Wi., ces cas ne représentent que la partie émergée de l’iceberg car les systèmes permettant de diagnostiquer et de notifier les infections incurables font défaut dans les pays à revenu faible où la gonorrhée est en réalité plus courante» 

Selon les estimations, chaque année, 78 millions de personnes sont infectées par la gonorrhée*. La gonorrhée peut provoquer une infection des organes génitaux, du rectum et de la gorge. Les complications résultant de la maladie touchent de façon disproportionnée les femmes qui encourent notamment un risque de maladie inflammatoire pelvienne, de grossesse extra-utérine et de stérilité ainsi qu’un risque accru d’infection par le VIH. La baisse de l’utilisation des préservatifs, l’urbanisation et les voyages accrus, les faibles taux de dépistage de l’infection ainsi que le traitement inadapté ou l’échec thérapeutique contribuent à cette augmentation des cas.

Surveiller la pharmacorésistance

Le programme mondial OMS de surveillance de la résistance des gonocoques aux antimicrobiens, surveille les tendances en matière de gonorrhée résistante aux médicaments. Les données du programme mondial OMS pour la période allant de 2009 à 2014 indiquent une résistance généralisée à la ciprofloxacine [97% des pays ayant notifié des données durant cette période ont découvert des souches pharmacorésistantes]; une résistance croissante à l’azithromycine [81%]; et l’apparition d’une résistance au traitement actuel de dernier recours: les céphalosporines à spectre étendu, à savoir la céfixime (voie orale) ou la ceftriaxone (injectable) [66%].
 
Actuellement, dans la plupart des pays, les céphalosporines à spectre étendu sont le seul antibiotique administré en monothérapie qui reste efficace pour traiter la gonorrhée. Toutefois, plus de 50 pays ont désormais notifié une résistance à la céfixime et plus rarement à la ceftriaxone. Compte tenu de la situation, l’OMS a publié en 2016 une mise à jour des recommandations mondiales en matière de traitement, conseillant les médecins d’administrer deux antibiotiques: la ceftriaxone et l’azythromycine.

Mise au point de nouveaux médicaments

La filière de recherche-développement pour la gonorrhée est relativement peu développée, avec uniquement 3 nouveaux médicaments candidats à différentes étapes du développement clinique, à savoir: la solithromycine dont l’essai de phase III a récemment été mené à bien; le zoliflodacin qui a terminé l’essai de phase II; et le gepotidacin qui a également achevé l’essai de phase II. La mise au point de nouveaux antibiotiques n’est pas très attrayante pour les laboratoires pharmaceutiques commerciaux. En effet, les traitements sont administrés uniquement pendant de courtes périodes (contrairement aux médicaments contre les maladies chroniques) et ils deviennent moins efficaces à mesure que la résistance se développe, ce qui signifie qu’il faut constamment reconstituer le stock de nouveaux médicaments.
 
L’Initiative Médicaments contre les maladies négligées (DNDi) et l’OMS ont lancé le Partenariat mondial sur la recherche-développement en matière d’antibiotiques, une organisation de recherche développement à but non lucratif hébergée par l’Initiative DNDi, afin de faire face à ce problème. La mission du Partenariat est de concevoir de nouveaux traitements antibiotiques et de promouvoir leur usage adapté afin qu’ils conservent leur efficacité aussi longtemps que possible, tout en garantissant un accès à tous ceux qui en ont besoin. Une des principales priorités du Partenariat consiste à mettre au point de nouveaux traitements antibiotiques contre la gonorrhée.
 
Selon Dr Manica Balasegaram, Directeur du Global Antibiotic Research and Development Partnership (GARDP), pour répondre au besoin urgent de nouveaux traitements de la gonorrhée, il faudrait saisir immédiatement les possibilités offertes par les médicaments existants et les médicaments candidats. À court terme, il faut accélérer la mise au point et l’introduction d’au moins un de ces médicaments candidats et le GARDP evisage la mise au point d’associations thérapeutiques pour un usage en santé publique. Les nouveaux traitements doivent être il accessibles à tous ceux qui en ont besoin et doivent être utilisés de manière appropriée afin que la pharmacorésistance soit autant que possible ralentie.

Prévention de la gonorrhée

Il est possible de prévenir la gonorrhée en adoptant des comportements sexuels plus sûrs, en particulier l’usage correct et régulier du préservatif. L’information, l’éducation et la communication peuvent favoriser les pratiques sexuelles plus sûres, permettre aux personnes de mieux savoir reconnaître les symptômes de la gonorrhée et d’autres infections sexuellement transmissibles et augmenter la probabilité que ces personnes se fassent soigner.
 
Aujourd’hui, le manque de connaissances du grand public, le manque de formation des agents de santé et la stigmatisation dont sont victimes les personnes atteintes d’infections sexuellement transmissibles restent des obstacles à un recours plus large et plus efficace à ces interventions.
Il n’existe pas, pour la gonorrhée, de test de diagnostic rapide, réalisable sur le lieu des soins et abordable. Beaucoup de personnes atteintes ne présentent aucun symptôme et ne reçoivent donc aucun traitement car le diagnostic n’est pas posé. D’autre part, quand les patients présentent des symptômes, tel qu’un écoulement urétral ou vaginal, les médecins supposent souvent qu’il s’agit de cas de gonorrhée et prescrivent des antibiotiques – même si le patient souffre parfois d’un autre type d’infection. L’usage inapproprié des antibiotiques rend plus fréquente la survenue de résistances, pour la gonorrhée comme pour d’autres maladies bactériennes.

Comme le souligne Dr Marc Sprenger, Directeur du Département Résistance aux antimicrobiens de l’OMS, pour lutter contre la gonorrhée, de nouveaux outils et de nouveaux systèmes sont nécessaires afin d’améliorer la prévention, de faire un diagnostic précoce et d’assurer un suivi et une notification plus complets des nouveaux cas, de l’usage des antibiotiques, de la résistance et des échecs thérapeutiques. De nouveaux antibiotiques et de tests de diagnostic rapide et précis réalisables sur le lieu des soins – idéalement, des tests qui permettent de prédire quels antibiotiques seront efficaces contre cette infection. À plus long terme,  un vaccin pour prévenir la gonorrhée serait souhaitable.
 
*35,2 millions dans la Région OMS du Pacifique occidental; 11,4 millions dans la Région de l'Asie du Sud-Est; 11,4 millions dans la Région africaine; 11,0 millions dans la Région des Amériques; 4,7 millions dans la Région européenne et 4,5 millions dans la Région de la Méditerranée orientale.


Le communiqué de presse transmis par l'OMS est basé sur 2 articles figurant dans un supplément spécial de la revue PLOS Medicine qui paraîtra juste avant le Congrès mondial sur les IST et le VIH qui aura lieu à Rio de Janeiro (Brésil), du 9 au 12 juillet 2017:

vendredi 7 juillet 2017

Un instrument médical conçu à l'ÉTS est homologué par les autorités sanitaires américaines et canadiennes

L’École de technologie supérieure (ÉTS) et le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Nord-de-l’Île-de-Montréal sont fiers d’annoncer l’homologation de l’implant Y3 contribuant à réparer les fractures du grand trochanter (partie supérieure du fémur) par la Food and Drug Administration (FDA) et Santé Canada. C’est la première fois qu’un dispositif médical qui s’implante dans le corps humain, développé à l’ÉTS, obtient ces deux approbations, et ce, avec la participation active de l’ÉTS à tout le processus.

Le projet du Système de plaque fémorale proximale Y3 a été mené depuis 2007 par Yvan Petit, chercheur à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et professeur au Département de génie mécanique de l’ÉTS, ainsi que par le Dr Georges-Yves Laflamme, de l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et M. Yan Bourgeois de l’ÉTS, alors étudiant à la maîtrise. Depuis 2014, le projet continu grâce au soutien financier de la société de capital de risque AmorChem s.e.c. et au soutien technique de l’entreprise Pega Medical de Laval.

« C’est plutôt rare qu’un chercheur voie les résultats de ses recherches devenir des produits commerciaux homologués par les autorités sanitaires. Nous faisons partie d’un cercle très fermé. Mais ce qui me réjouit le plus, confie Yvan Petit, c’est la réalisation de mon désir de faire de la recherche qui aboutit à un résultat concret, qui ait un vrai impact dans le travail des chirurgiens et pour les patients. »

Maintenant qu’il est approuvé par la FDA et Santé Canada, l’implant pourra être commercialisé et utilisé auprès des patients, notamment ceux du Dr Laflamme. Ces premières utilisations feront d’ailleurs l’objet d’une étude clinique, dont les résultats seront publiés dans des revues scientifiques.


Aboutissement de 10 ans de recherche

La fracture du grand trochanter est une complication qui affecte plusieurs patients ayant subi une arthroplastie totale de la hanche puisque cet os est fragilisé par l’opération. « Avec un taux d’échec d’environ 30 %, les solutions existantes pour réparer ces fractures n’étaient pas satisfaisantes. Il fallait en inventer une autre », se souvient Yvan Petit. L’implant Y3, doté de deux branches disposées en forme de Y, permet en effet de fixer le grand trochanter et ainsi, de réduire les complications causées par cette fracture.

L’obtention de ces homologations est l’aboutissement d’un travail de recherche réalisé par l’ÉTS et l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal. Le défi avait été lancé par le Dr Laflamme à l’équipe de recherche du professeur Yvan Petit : réparer la fracture du grand trochanter à la suite de l’intervention chirurgicale entourant le remplacement de la hanche.

L’équipe du professeur Petit a d’abord conçu un prototype, puis réalisé une preuve de concept financée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG). Une fois le brevet déposé, le projet étant encore trop embryonnaire pour intéresser des partenaires, Yvan Petit et son équipe ont continué d’améliorer le prototype grâce à des fonds internes jusqu’à ce qu’en 2014, AmorChem finance la suite du processus de recherche avec, comme objectif final, l’homologation par les autorités sanitaires.

Cette étape atteinte, l’implant, produit par Pega Medical, pourra alors être commercialisé tant aux États-Unis qu’au Canada. AmorChem est actuellement en recherche de partenaires commerciaux. Une licence commerciale a d’ailleurs été signée par l’ÉTS, Univalor (titulaire de la propriété intellectuelle de l’Hôpital Sacré-Cœur) et AmorChem. « Nous sommes heureux qu’une innovation issue des laboratoires de recherche universitaires obtienne les autorisations nécessaires à sa mise en marché. Au final, ce sont les patients qui bénéficieront le plus des homologations de cette technologie qui facilitera leur guérison », souligne Jacques Simoneau, président-directeur général d’Univalor.   « Nous apprécions le travail d’équipe qui a mené à l’homologation de l’implant Y3. Cette première étape cruciale nous aidera à mener à bien la commercialisation de ce produit afin de le rendre disponible aux patients », conclut Inès Holzbaur, Ph. D., associée principale chez AmorChem.

Le succès du projet d’implant Y3 est source de motivation pour bien des chercheurs qui aspirent à transformer leurs travaux en innovations reconnues et qui apportent une valeur ajoutée dans la société.

L’ÉTS et le CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal félicitent toute l’équipe du professeur Petit et ses partenaires pour leur brillante réussite, leur détermination et leur talent. Ils souhaitent un succès international à l’implant Y3, et encore davantage qu’il fasse une différence dans la vie de nombreuses personnes.

Source: Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Nord-de-l’Île-de-Montréal

mercredi 5 juillet 2017

Vaccination : entre obligation et croyance populaire

Nous apprenions cette semaine que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a confirmé que 11 vaccins pour la petite enfance deviendraient obligatoire dès 2018 en France. Alors que la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite sont déjà obligatoires, la coqueluche, l'hépatite B, la rougeole, les oreillons, la rubéole, le méningocoque C, l'haemophilius influenza B et le pneumocoque (les trois dernières infections sont dues à des bactéries provoquant notamment des pneumopathies et méningites) le deviendront. Elle justifie sa décision en la qualifiant d'impératif de santé publique. La vaccination est l'un des progrès majeur de la médecine, si ce n'est le plus grand. Elle a permis de sauver des millions de vies et participé à l'éradication de certaines maladies infectieuses comme la variole.

Cette position n'est pas sans rappeler celle du premier ministre Philippe Couillard qui affirmait en 2015 que la vaccination ne reposait pas seulement sur des opinions, mais aussi sur des faits. Il insistait sur l'importance de rappeler aux gens que la vaccination, c'est la base même de la santé publique. Il soulignait également en tant que médecin, que même si la rougeole est une maladie bénigne la plupart du temps, elle peut aussi entraîner des complications, y compris des complications cérébrales très graves pour les enfants, une réalité dont il a été personnellement témoin comme médecin. Par ailleurs, Dr. Yves Robert, du Collège des médecins réaffirme le constat scientifique largement démontré que l’immunisation reste la mesure préventive la plus efficace que la médecine puisse offrir. Rappelons que l'Organisation mondiale de la santé recommande que 95% de la population soit vaccinée pour empêcher l'apparition de flambées épidémiques d'une maladie. À l'exception de la variole, toutes les autres maladies évitables par la vaccination circulent encore à des degrés différents dans le monde et peuvent être réintroduites au pays par une personne infectée, qu'elle présente des symptômes ou non. Cette réintroduction peut provoquer une épidémie si la population n'est pas vaccinée ou si la couverture vaccinale n'est pas suffisante.
 

D'où vient cette réticence? Une seule étude réalisée par un médecin britannique, Andrew Wakefield, en 1998. Sa recherche réalisée auprès de 12 enfants seulement a été publiée par la revue scientifique The Lancet. Après enquête, elle s'est avérée frauduleuse et Wakefield a été radié. Ce n'est qu'en 2010 que la recherche a été retirée de la publication scientifique. Or, la couverture médiatique entourant la rétractation fut de faible portée. Mais le mal était fait. Dans l’esprit du public, l’hypothèse de Wakefield existe toujoursle taux de vaccination a chuté et les cas de rougeole ont augmenté au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Rappelons, en terminant, le récent cas de la fille du Dre Camille Echols, à Atlanta, ayant subi une transplantation rénale à 2 ans. Elle a obtenu un vaccin contre la varicelle mais n'a pas pu obtenir le second parce qu'elle était immunodéprimée et, au lieu de développer son immunité, elle aurait contracté le virus. Sa fille fut exposée à un enfant souffrant de varicelle et s'est retrouvé aux urgences. Comme le rappelle le Telegraph, dans son article intitulé Scientists must join the battle against Andrew Wakefield's poisonous anti-vaccine nonsense, Fake news is damaging but fake science is potentially lethal.





mardi 4 juillet 2017

L’alcool est à l’origine d’un plus grand nombre d’hospitalisations que les crises cardiaques au Canada

Le récent rapport publié par l'Institut canadien d'information sur la santé révèle que l’an dernier, environ 77 000 hospitalisations au Canada étaient dues à des affections entièrement attribuables à l’alcool et 75 000 hospitalisations, à des crises cardiaques. En moyenne, 212 Canadiens ont été hospitalisés chaque jour l’an dernier pour une affection entièrement attribuable à l’alcool. Notons que ce chiffre ne tient pas compte des personnes qui ont été traitées à l’urgence sans être admises à l’hôpital.

Parmi les faits saillants, nous apprenons que les hommes de 20 ans et plus affichaient des taux de forte consommation et d’hospitalisations plus élevés que les femmes du même groupe d’âge. Toutefois, dans le groupe des 10 à 19 ans, le taux d’hospitalisations était plus élevé chez les filles (63 par 100 000 habitants) que chez les garçons (45 par 100 000 habitants). Aussi, la majorité des hospitalisations étaient associées à la santé mentale et aux dépendances. En effet, les troubles de santé mentale et les dépendances comptaient pour près de 3 hospitalisations sur 4 entièrement attribuables à l’alcool.

En moyenne, il y a eu davantage d’hospitalisations dans les territoires que dans les provinces en raison des méfaits entièrement causés par l’alcool. Exception faite de la Nouvelle-Écosse, les taux d’hospitalisations étaient plus élevés dans les provinces de l’Ouest que dans celles de l’Est. Les groupes à faible revenu consomment moins d’alcool, mais ils affichent des taux d’hospitalisations plus élevés, ce qui est paradoxal. Le taux d’hospitalisations pour des méfaits entièrement causés par l’alcool était 2,5 fois plus élevé dans les quartiers à faible revenu que dans les quartiers à revenu élevé. Cependant, le taux de forte consommation d’alcool était généralement plus faible chez les groupes à faible revenu.